Écriture autour de ma réinterprétation féministe du Lac des cygnes : ★ C'est Odile qui vient venger Odette.
réalisée notamment lors d’ateliers d’écriture : en 2025 avec l’écrivain Sébastien Gendron.
Les ateliers d'écriture sont des moments collectifs où l'on écrit sous l'impulsion des consignes de l'écrivain.
Par exemple : décrire le décor ou écrire la dernière page.
S'ensuit une lecture à voix haute pour partager le texte avec tous.
Il était une fois
venu le temps de la vengeance.
Ce sont les Odiles
qui reviennent des abysses,
dociles de leurs abîmes,
elles viennent venger les Odettes.
c’est survivre.
Odile, une fois rentrée en coulisse, vida les ossements récupérés de sa chasse à l'homme et décida de s'assoupir sur le matelas à l'angle, qui faisait également office d'encas pour les rats de l'Opéra.
En effet, il n'est pas de tout repos de venger Odette ;
cette chasse à l'homme s'avérait
plus éprouvante que les pas de chassé.
Dans cet élan de sororité, elle osait espérer qu'une fois dans les bras de Nyx, cette dernière lui guérisse ses blessures, après tout, cette vengeance, c'était celle de toutes.
La cage à scène, dite aussi cage à l’homme, était devenue une sorte d’abattoir baroque mêlant moulures, sang et organes. Le lustre de boyaux était alors également devenu un métronome,
rythmé par les gouttes de sang qui tombaient.
Plus on pénétrait dans la cage, plus on y découvrait l'abîme des Odiles.
En célébration de la chasse à l’homme qu’elles venaient d’effectuer, exaltées par leur furie, elles grimpèrent au plafond pour y suspendre les dépouilles. Leurs trophées de chasse donnaient ainsi naissance
à un lustre de boyaux.
Certes, Odile était résolue à faire vengeance. Difficile d'échapper à son conditionnement de cygne noir, condamné à être la terrible séductrice, manipulatrice, incarnation du mal.
[...]
Il est vrai que, face à cela, Odette n'était pas en mesure d'assurer le rôle.
Difficile d'être à la fois cygne blanc,
d'incarner la pureté, l'innocence et la douceur et de se salir les mains.
[…] Le corps découpé en plusieurs morceaux démontre une violence inouïe.
Elles ont fait corps. Elles sont un corps de ballet,
un corps alors monstre, elles ne font plus qu'un.
Elles ont fait vengeance. Les douces jeunes filles de nos contes de fées n'ont plus le bon rôle.
Voilà tombé le dernier acte : elles signeront leur révérence,
non plus derrière le rideau, mais derrière les barreaux.
C'est Odile qui vient venger Odette,
c'est la sublimation de la part d'ombre.
La peste rose continuait
de se répandre en ville,
signant ses chorégraphies d'une révérence.
C'est la sublimation d'une pure en frénésie,
une frénésie qui fait peur à l’ultra violence elle-même.
C'est la sublimation d'une souffrance à son apogée
en rage pathologique.
C'est parce que l'existence n'a plus qu'une seule vocation, être à la hauteur de la rage.
C'est l'existence en catharsis.
Après chaque attaque,
vous signerez d'une révérence.
Dès que je vous donnerai le cygne,
alors vous les attaquerez en un pas de quatre.
Odile, c'est la part d'ombre
que sublime Odette,
c'est un mécanisme de survie.
C'est survivre.
Odile, c'est la part
d'ombre
que sublime Odette,
c'est un mécanisme de survie.
Du dernier rang, les Odiles semblaient ne former qu’une seule et même créature, faisant corps. Mais en avançant d’un rang, on avait le privilège de découvrir la furie de chacune d’entre elles.
À bas la bienséance, elle ne vous présente pas sa révérence, mais son irrévérence,
car elle a décidé de se venger.
La colophane mélangée au sang le rendait plus gras et plus lissant.
Ce sont les Odiles, elles sont affamées de vengeance.
Ce sont alors des succubes, des Furies, des Harpies, des Gorgones, des Stryges, des Lamies, des Sybarites,
des Erinyes, des Rousalki.